Météorologie de l’espace
🌞 Mais où est passé le double pic du maximum solaire ?
L’évolution de l’activité solaire, mesurée notamment par le nombre de taches solaires, suit un cycle moyen de 11 ans.
Cependant, le maximum solaire – censé être le point culminant du cycle – présente souvent deux pics distincts séparés par une baisse temporaire.
Ce phénomène, observé de manière récurrente depuis plusieurs cycles, est connu sous le nom de double maximum solaire ou Gnevyshev gap, d’après l’astrophysicien russe Mikhail Gnevyshev qui l’a décrit dans les années 1960.
🔭 Un maximum en deux temps :
Lorsqu’on trace l’évolution de l’activité solaire (nombre de taches, flux radio à 10,7 cm, intensité du rayonnement X, etc.), on constate :
– Un premier pic d’activité, suivi d’un ralentissement marqué,
– Puis un second pic, souvent décalé de plusieurs mois à un an.
Cette dépression intermédiaire — le Gnevyshev gap — n’est pas un artefact statistique, mais une structure physique du cycle solaire confirmée par de multiples indicateurs.
L’explication sur l’origine du phénomène la plus admise repose sur l’asymétrie hémisphérique du champ magnétique solaire :
– Les hémisphères nord et sud du Soleil n’atteignent pas leur maximum d’activité au même moment.
– L’un peut culminer plusieurs mois (voire plus d’un an) avant l’autre.
– La somme de ces deux contributions crée un maximum « double », avec une phase intermédiaire de moindre activité globale.
D’autres hypothèses complètent ce cadre :
– Fluctuations internes de la dynamo solaire, affectant la génération du champ magnétique toroïdal ;
– Différences dans la remontée du flux magnétique entre couches convectives ;
– Interactions entre ondes magnétiques de différentes latitudes, produisant des modulations à moyen terme.
🌍 Intérêt scientifique et actuel
L’étude de cette structure à deux maxima est cruciale pour :
– Améliorer la modélisation de la dynamo solaire ;
– Mieux prévoir les périodes de forte activité spatiale (éruptions, CME, perturbations géomagnétiques) ;
– Comprendre la désynchronisation magnétique interhémisphérique.
Le cycle solaire 25, actuellement en cours, ne semble pas suivre une trajectoire similaire aux trois précédents cycles 22, 23 et 24 mais plus au cycle 23. Avec un premier pic observé en 2024, le second pourrait avoir lieu vers en 2026.
Affaire à suivre…🌞
🌌 Quand la tempête solaire déçoit : retour sur la CME du flare X5.1.
La CME issue du flare X5.1 a suscité de grandes attentes dans la nuit du 12 au 13 novembre : annonces d’aurores spectaculaires, alertes enthousiastes, impatience collective. Pourtant, le ciel est resté sombre. Un indice Kp élevé, mais aucune aurore visible. Pourquoi ? Parce qu’en météorologie de l’espace, un seul indicateur ne suffit pas à caractériser l’activité géomagnétique.
🔎 Trois paramètres fondamentaux : Bz, Kp et Dst.
L’état de la magnétosphère se lit à travers trois grandeurs essentielles. Le Bz, la composante verticale du champ magnétique interplanétaire, ouvre ou ferme la porte à l’énergie solaire : vers le sud, elle favorise la reconnexion magnétique et les aurores ; vers le nord, elle limite l’activité aurorale. Le Kp mesure l’agitation globale du champ magnétique : au-delà de 6, la Terre subit une tempête modérée à forte. Le Dst, indicateur du courant annulaire équatorial, reflète la profondeur des perturbations : plus il est négatif, plus la tempête est intense et durable. Ensemble, ces trois paramètres offrent une lecture complète de l’activité géomagnétique. Un Bz négatif prolongé entraîne une reconnexion continue, Dst plonge, et le ciel s’illumine d’aurores spectaculaires. À l’inverse, un Bz positif avec vent solaire rapide comprime la magnétosphère : Kp s’élève, Dst reste modéré, et les aurores demeurent discrètes.
⚠️ Pourquoi un Kp élevé peut coexister avec un Bz positif.
Même lorsque Bz demeure positif, Kp peut grimper sous l’effet d’autres forces que la reconnexion directe. Une pression dynamique du vent solaire, provoquée par la CME ou un choc interplanétaire, peut comprimer la magnétosphère : les champs magnétiques oscillent, Kp augmente, mais Dst reste modéré et les aurores absentes. De plus, de brèves fluctuations de Bz vers le sud injectent un flux d’énergie limité, perturbant localement le champ magnétique sans générer de spectacle auroral étendu.
📢 Aux passionnés et “lanceurs d’alerte” : Avant d’annoncer des tempêtes géomagnétiques ou des aurores spectaculaires, il est indispensable de maîtriser Bz, Kp et Dst, de comprendre la dynamique du vent solaire et les mécanismes de reconnexion magnétique. La météo de l’espace ne s’improvise pas : elle se mesure, se modélise et s’interprète avec rigueur.
⚠️ À noter : la météorologie de l’espace et la météorologie terrestre ne partagent que le nom. Les phénomènes, méthodes et outils sont totalement différents. Si elles étaient comparables… Météo-France diffuserait déjà des bulletins solaires entre deux dépressions. 😉
À ne pas confondre : météorologie de l’espace et météorologie spatiale. Cette dernière est un service de Météo-France dédié à la valorisation des mesures des satellites d’observation de la Terre, au profit de la météorologie et de l’océanographie.
🌞 Comprendre les impacts du Soleil sur nos opérations terrestres et spatiales.
Le Soleil influence directement les satellites, les réseaux électriques, la navigation aérienne et maritime ? La météo de l’espace n’est pas qu’une notion abstraite : ses effets se mesurent concrètement à travers les données de satellites comme ACE et DSCOVR.
Chez ELIOS-SPACE, nous accompagnons les professionnels à comprendre ces phénomènes et à se préparer efficacement.
🌬️ Vent rapide des trous coronaux (CH)
– Vitesse du vent solaire : monte progressivement (500–800 km/s),
– Densité : faible,
– Champ magnétique : modéré, Bz stable,
– Impact opérationnel : augmentation du drag en orbite basse, scintillation GNSS aux pôles, anomalies mineures sur satellites.
🔄 CIR (Corotating Interaction Region)
– Compression du vent solaire : densité et champ magnétique augmentent,
– Vitesse : transition rapide du vent lent au vent rapide,
– Impact opérationnel : perturbations HF temporaires, GIC modérés sur réseaux électriques, anomalies satellites.
💥 CME (Coronal Mass Ejection)
– Impact direct : forts pics de vitesse, densité et champ magnétique, Bz négatif prolongé,
– Glancing blow : impact tangent, signatures plus faibles mais détectables,
– Impact opérationnel : blackouts radio HF, erreurs GNSS, surcharges satellites, risques accrus sur réseaux électriques.
🚨 Météo de l’espace : à quelle sauce nos technologies vont-elles être mangées ?
L’image solaire du 1er décembre révèle une activité qui ne cesse de s’intensifier :
🔸La région active AR 4299 (anciennement AR 4274) vient de produire un flare de classe X1.95, s’ajoutant à une série déjà impressionnante : X1.71, X1.21 et X5.1. Ce niveau d’activité place cette région parmi les plus énergétiques de ce cycle solaire.
🔸Trou coronal CH4 :
Toujours présent, déjà à sa 4ᵉ récurrence, il est responsable d’un flux important de vent solaire rapide. Résultat : des perturbations géomagnétiques répétées, avec des indices Kp 5 (G1) et Kp 6 (G2), susceptibles d’affecter les infrastructures sensibles.
🔸Nouveaux venus AR 4294 et AR 4296 :
Leurs classifications optique (McIntosh–Zurich) et magnétique (Mont Wilson) les placent dans une configuration à haut potentiel de production de flares majeurs, comparable à l’AR 4299. Ces régions devront être surveillées de très près dans les jours à venir.
🔸Filament 1 : instable et géoefficace
Une partie de ce filament a déjà généré une CME deux jours avant le flare X1.95. Au vu de sa position actuelle, une nouvelle rupture pourrait envoyer une éjection de masse coronale directement en direction de la Terre.
⚠️ Impacts opérationnels probables :
🔸 Télécommunications :
– Scintillation GNSS (L1/L2/L5),
– Blackouts HF,
– Perturbations VHF aviation.
🔸 Satellites :
– Charging & Single Event Upsets,
– Augmentation du drag sur orbite basse,
– Anomalies ADCS et capteurs.
🔸 Aéronautique :
– Augmentation des doses sur routes polaires,
– Dégradation ADS-B / HF long-range.
🔸 Réseaux terrestres :
– Courants induits dans les transformateurs,
– Risques de protections intempestives.
Nous entrons dans une période où les opérateurs, les décideurs, mais aussi le grand public doivent comprendre les risques spatiaux pour mieux anticiper leurs effets.