Surveillance de l’espace
Le satellite espion russe Luch OLYMP prend t’il sa retraite ?
Mis en orbite en septembre 2014, le satellite russe Luch OLYMP a suscité beaucoup d’attention dans la communauté spatiale. Officiellement présenté comme un relais de communication, il a rapidement révélé un comportement atypique, celle d’effectuer une mission de renseignement électronique (SIGINT).
Pourquoi ces activités inquiètent ?
– Sécurité orbitale : des rapprochements à moins de quelques dizaines de kilomètres augmentent le risque de collision en orbite géostationnaire (GEO).
– Espionnage : intercepter ou analyser les flux de satellites stratégiques (militaires ou civils) menace la confidentialité des communications (hypothèse de la présence d’une grande antenne).
– Normes internationales : l’UIT recommande une séparation de ~70 km entre satellites en GEO, que Luch OLYMP ne respecte pas.
Ces comportements expliquent pourquoi l’Armée de l’Air française suivait le satellite dès son lancement. J’ai eu l’occasion de réaliser des prises de vue depuis mes équipements optiques depuis 2016.
En 2017, il est même passé à proximité du satellite franco-italien ATHENA-FIDUS, dédié aux communications militaires sécurisées. Toutefois, une analyse plus fine montre que la véritable cible était PAKSAT-1R, voisin immédiat d’ATHENA-FIDUS.
Depuis avril 2024, l’inclinaison orbitale de Luch OLYMP ne semble plus corrigée (voir graphique 2). En orbite géostationnaire, un satellite doit régulièrement consommer du carburant pour maintenir son inclinaison proche de 0°, parfaitement alignée avec l’équateur terrestre. Or, la correction de cette inclinaison est l’une des manœuvres les plus coûteuses en carburant. C’est pourquoi, lorsqu’un satellite approche de la fin de sa vie ou que son opérateur choisit de réduire son suivi actif, il est courant laisser l’inclinaison dériver librement. On parle alors d’une orbite géosynchrone inclinée.
Cela ne signifie pas que le satellite devient immédiatement inutilisable : il peut encore servir à des missions de surveillance, d’expérimentation ou de collecte opportuniste, mais au prix de contraintes techniques accrues pour les stations sol. Ce signal est souvent interprété comme un indice que l’opérateur préfère concentrer ses ressources ailleurs… ou qu’une relève est en préparation.
Cette dérive pourrait donc refléter une réduction volontaire des moyens de maintenance, signe d’une stratégie de priorisation à court terme. Deux scénarios émergent :
– Une fin de vie programmée : Luch OLYMP serait progressivement abandonné au profit de systèmes plus modernes.
– Une évolution tactique : une nouvelle manière d’opérer, destinée à brouiller les pistes, réduire la visibilité de ses manœuvres ou tester des modes d’exploitation inédits.
Dans un domaine aussi opaque que les activités spatiales militaires, il est difficile de trancher. Retraite ou mutation stratégique ? L’avenir nous le dira…
🛰️ Étrange comportement du satellite russe LUCH OLYMP (Olymp-K)
Dans mon précédent post, j’évoquais la dérive d’inclinaison amorcée par le satellite russe LUCH OLYMP, pouvant traduire une réduction volontaire des opérations de maintien à poste – et donc une stratégie de priorisation à court terme.
Deux scénarios se dessinent :
1- Fin de vie programmée → abandon progressif de l’engin au profit de systèmes plus modernes.
2- Évolution tactique → adaptation des modes opératoires pour réduire la visibilité de ses manœuvres, brouiller l’interprétation de ses trajectoires, ou expérimenter des schémas d’exploitation inédits.
Depuis le 25 août 2025, LUCH OLYMP stationne à une longitude de 65,4° Est. Selon certaines sources, il aurait choisi comme nouvelle cible le satellite Intelsat-17 (#37238). Fidèle à sa méthode, il s’est positionné à l’Ouest de sa cible et semble intercepter les signaux d’une plateforme qu’il connaît bien : le bus SSL-1300.
Or, une analyse de proximité met en évidence une rupture de tactique. Historiquement, LUCH OLYMP opère dans la fenêtre de maintien à poste de sa cible, avec des distances moyennes de 35 km et des rapprochements minimaux pouvant aller à 2 km !
Cette fois-ci, sa distance minimale est de ~295 km, soit près de deux ordres de grandeur plus éloignée que ses habitudes (cf. graphique ci-dessous).
Cette évolution soulève une interrogation stratégique majeure : s’agit-il d’un véritable changement doctrinal, impliquant une redéfinition profonde des objectifs et des modes d’action, ou simplement d’un ajustement opérationnel ponctuel ? Il pourrait également s’agir d’une évolution tactique plus subtile : une manière calculée de modifier les pratiques sur le terrain afin de brouiller les pistes, de réduire la visibilité des manœuvres et de tester des modes d’action inédits, possiblement en préparation d’une programmation de fin de vie.
A suivre…
🛰️ Suivi orbital de Luch OLYMP : vers une fin de service ?
Le 8 octobre 2025, le satellite russe LUCH OLYMP-K1 (SCC n°40258) a de nouveau manœuvré vers l’Ouest.
Depuis avril 2024, plusieurs signaux convergent vers une cessation progressive du station-keeping, première étape avant une sortie de service.
Indices observés :
Arrêt complet des corrections d’inclinaison depuis plus d’un an.
Dérive progressive du demi-grand axe constatée dès septembre 2024.
Corrections Est-Ouest devenues sporadiques et irrégulières, espacées de plusieurs semaines.
Origine des dérives : sans corrections actives, les perturbations naturelles dominent.
🔹 Le champ gravitationnel terrestre, irrégulier, pousse les satellites hors des positions instables.
🔹 L’influence combinée de la Lune et du Soleil accroît l’inclinaison d’environ 0,8°/an.
🔹 La pression de radiation solaire modifie lentement mais sûrement le demi grand axe.
Conséquences : perte de stabilité, dérive longitudinale incontrôlée et dégradation progressive de la couverture de service au sol.
Trois scénarios plausibles :
✔️ Fin de mission planifiée,
✔️ Carburant épuisé,
✔️ Préparation à un transfert en orbite cimetière, comme l’exigent les normes de mitigation des débris spatiaux.
👉Les analyses et observations récentes laissent envisager une éventuelle fin de mission du satellite. Néanmoins, compte tenu de sa dernière manœuvre du 8 octobre et de ses comportements antérieurement inhabituels, Luch OLYMP pourrait encore réserver des évolutions imprévisibles.
💡 Cet exemple illustre l’importance stratégique d’une surveillance spatiale continue (SSA/SST) et d’une analyse approfondie des comportements orbitaux pour anticiper les transitions de mission, protéger les infrastructures critiques et préserver la sécurité de l’environnement spatial.
Un chapitre se ferme pour l’un des satellites les plus intrigants de la dernière décennie…
Mise en orbite cimetière du satellite LUCH OLYMP K1
Lors de mes précédentes publications, j’avais noté que le satellite LUCH OLYMP K1 montrait les signes d’un objet ne bénéficiant plus d’un maintien à poste en inclinaison, et dont le contrôle Est-Ouest semblait devenir sporadique.
Après près de dix années d’activité, la manœuvre du 8 octobre dernier indique le transfert de LUCH OLYMP K1 vers la région des orbites cimetière, confirmant sa fin de vie opérationnelle, conformément aux bonnes pratiques de fin de mission des satellites géostationnaires.
Recommandation de l’IADC
L’Inter-Agency Space Debris Coordination Committee (IADC) recommande que tout satellite géostationnaire soit déplacé, en fin de vie, vers une orbite plus haute afin de garantir que, sous l’effet des perturbations à long terme, le satellite ne puisse pas retomber dans la zone géostationnaire protégée (altitude GEO + 200 km min).
L’orbite cimetière doit également présenter une excentricité initiale inférieure à 0,003.
Ainsi, cette marge assure une séparation suffisante avec la ceinture géostationnaire et réduit le risque de collision.
À ce jour, le satellite se situe au-dessus des recommandations et poursuit son ascension.
Et maintenant ?
Longtemps surveillé par de nombreuses nations, à la fois par des moyens optiques, radar et radio au sol, ainsi que par observation satellitaire, LUCH OLYMP K1 tire sa révérence après une décennie d’observations, de spéculations et de débats.
Reste une question ouverte : cette mise en retraite se limitera-t-elle à un retrait orbital classique, ou pourrions-nous assister, à terme, à une fragmentation volontaire, destinée à préserver la confidentialité de ses capacités réelles ?
Une évolution à suivre de près… il n’est pas exclu que ce satellite nous réserve encore quelques surprises orbitales.